Archives de la catégorie ‘Uncategorized’

On a le seum contre la loi de 2004.

Publié: 21 février 2016 dans Uncategorized

Le Seum Collectif

On a le Seum contre la loi de 2004. En tant que racisé.es, en tant que prof(s), en tant qu’étudiant.es, en tant que parents, en tant que féministes.

Dans un établissement professionnel de la banlieue parisienne, une jeune fille se fait rappeler à l’ordre par la CPE qui l’accuse de crier dans les couloirs. Sofia, 17 ans, rétorque qu’elle n’y est pour rien. La chargée de la vie scolaire l’accuse alors de lui mentir « alors qu’elle porte le voile ».

Le problème ici, c’est que Sofia respecte la loi. Comme des milliers de filles de son âge, elle enlève chaque matin, à l’entrée de l’établissement ce bout de tissu qui met en danger la République et assiste aux cours, respectant ainsi l’injonction contradictoire d’exprimer ses convictions religieuses dans le seul espace privé.

Le problème ici, c’est que nombreux sont les membres des équipes éducatives, soutenus par l’opinion publique, les grands médias…

View original post 478 mots de plus

  1. Screenshot_2015-09-10-14-32-36Un nouveau billet sur le travail social, la lutte pour de meilleures conditions de travail et la difficulté de se battre.
  2. Publié sur http://le-salaire-de-la-peur.blogspot.fr/2015/09/lutte-bien-ordonnee-commence-par-soi.html?m=1
  3. A écouter avec du Asocial club en fond sonore : ce soir, je brulerai…

(suite…)

Ce matin, j’ai eu un cours (enfin deux cours) super intéressants : le premier sur l’histoire du travail social, le second sur l’éthique et la déontologie. Les  étudiantes, à bac + 3, passeront leur diplôme d’état en octobre prochain et seront travailleuses sociales dès l’automne prochain, espérons. Réactions.

Au fil du premier cours, j’en suis venue à aborder avec elles la question du rapport entre légitimité et légalité dans le travail social. La question de la légitimité de la loi s’est posée pour les travailleurs sociaux pour la première fois sous le régime de Vichy. A cette époque, la loi contraignait les travailleuses sociales (c’est un secteur d’activité très genré et ce, depuis sa création puisqu’il a consisté à socialiser des activités dites « féminines » hors du cadre familial) à dénoncer les familles et les individus sur le critère racial : la loi exigeait d’elles qu’elles dénoncent (au mieux) et n’apportent aucune aide (au pire) aux familles juives et étrangères ainsi qu’aux opposants au régime. Nombre d’entre elles se contentèrent alors d’appliquer la loi à la lettre, quitte à livrer les familles aux autorités, sans se préoccuper du sort qui leur serait alors réservé. D’autres, en revanche, et c’est le cas notamment des assistantes sociales du Service d’Aide aux Etrangers (SAE) choisirent la semi-clandestinité : tout en conservant une fonction apparente des plus légales, profitaient de leur statut d’organisation d’aide sociale pour aider, en sous-marin les familles et les individus à bénéficier d’un certain nombre de dispositifs leur permettant de survivre : aide au passage des personnes en zone libre, distribution illégale de tickets de rationnement, placement des enfants juifs dans des foyers à la campagne sous un faux nom etc. D’autres encore choisirent la complète clandestinité et créèrent une forme de travail social exclusivement résistant, militant par essence. Dans les années 1950, en pleine guerre d’Algérie, certaines assistantes sociales, personnel détaché dans cette colonie de peuplement refusèrent de se plier au cadre législatif dans leur prise en charge des colonisés. Dans les années 1970, alors que le recours à l’IVG était fortement réprimé, certaines travailleuses sociales décidèrent d’aider clandestinement les femmes à consulter un médecin ou à passer les frontières pour avorter à l’étranger, dans les pays où cette pratique était autorisée.

 Aujourd’hui, et en dépit de l’abrogation du délit de solidarité survenu en 2012, de nombreux travailleurs sociaux choisissent, chaque jour, de venir en aide aux sans-papiers, alors même que cette pratique est réprimée par la loi. J’ai alors posé la question aux étudiantes : et vous, quand vous serez sur le terrain, que ferez-vous ? Quel positionnement allez-vous adopter ? Quand une personne que vous recevrez vous fera confiance et vous confiera sa détresse, le drame de ses conditions matérielles d’existence, comment allez-vous réagir ? Serez-vous de celles qui aideront, malgré le risque de blâme et de licenciement ou vous en tiendrez-vous strictement à la loi ? Quand la loi est injuste, quand la loi plonge des personnes dans la misère et la précarité, n’est-il pas de notre rôle à nous, dont le travail est dédié à l’aide, au rétablissement de la personne dans sa dignité, de venir en aide, dans la mesure de nos forces, à ces populations en détresse ? Quand nous avons la chance de maitriser sur le bout des doigts les rouages infiniment complexes de l’administration, n’est—il pas de notre responsabilité morale de prévenir la personne sans abri qu’il existe des squats, fussent-ils illégaux ? Quel élément prend alors le plus d’importance : que la personne puisse passer une nuit au chaud, parmi des militants bienveillants ou que la loi soit appliquée, à la lettre ? N’est-il pas de notre devoir (oui, oui, le mot n’est pas trop fort) d’aider un malade, sans biens ni ressources à bénéficier d’une aide de survie auquel la loi ne lui donne pourtant pas droit ?

J’ai finalement été assez rassurée de cet échange avec les étudiantes : le travail social, dans sa dimension militante et humaniste, n’est pas mort, loin de là. Et elles seront nombreuses, cette année encore, à rejoindre les rangs de ceux qui finalement, utilisent l’administration contre elle-même, détournent des dispositifs, contournent le cadre légal, pour le bien de tous. La tension entre légalité et légitimité est partout dans le travail social, et le questionnement qui y est associé va croissant, au fur et à mesure des lois fabriquant des sans-droits, des sans-papiers, des sans-logis, des sans-familles. Je suis heureuse de savoir que la relève est là. Et que j’ai la chance de participer à sa formation.

Vise les couilles, ma fille.

Publié: 11 septembre 2013 dans Uncategorized

C’est grâce à une histoire de  @TheEconomiss que je me souviens de ça. Et puis, quand j’y repense, il y a d’autres histoires qui reviennent. Et d’autres encore. Des moments, des images, des sensations surtout. Cette peur qui te tord le bide, cette voix qui te murmure « il va te violer et si tu bouges, si tu fais une seule erreur, il va te tuer aussi. » La peur du viol. Alimentée par la culture du même nom. Nourrie chaque minute par des kilos de bullshit patriarcales et des tonnes d’injonctions à la con.

Il y a donc ce livreur de pizza là. J’ai 18 ans, je viens de quitter l’appart maternel, j’ai mon studio, il est petit et bien au-dessus de mes moyens de serveuse au SMIC mais c’est chez moi donc je l’adore. Je m’y sens à l’aise, je souris toute seule quand je suis dedans, ça fait tellement longtemps que j’en rêve. Un mercredi de repos, vers 11h30 j’ai la dalle, je me commande une pizza sur mes pourboires. Je donne le code au mec au téléphone, l’étage, la totale. Une demi-heure plus tard, ça sonne.

J’ouvre, je suis sereine évidemment, c’est un acte banal de commander une pizza. Le livreur jette un œil dans l’appart et au lieu de me tendre la pizza et de prendre mes pièces, il rentre. Il rentre chez moi, il avance sur moi, il dit qu’il va poser la pizza sur la table, que c’est mieux. Comme il est déjà entré, je n’ai pas la présence d’esprit de lui dire non ou de lui bloquer le passage, je suis surprise, je ne dis rien, je reste là, debout, la porte dans la main. Vaguement je trouve ça anormal et ça me met mal à l’aise mais j’ai pas encore peur. Pas encore.

Je le regarde poser la pizza. Je suis toujours debout, entre la porte et la table basse parce que je ne sais pas quoi faire. Il retourne vers la porte, il va partir, ça y est. Il parle, il me dit que c’est un chouette appart pour une fille toute seule. Mais en fait non, il sort pas. A la place, il ferme la porte et met le verrou. Un petit clic qui me dit que rien ne va se passer comme prévu. Un petit clic qui me signifie clairement que je suis dans la merde, que je suis seule, au 5ème étage de mon immeuble, un mercredi à midi, dans mon studio de 20 mètres carrés, avec ce mec inconnu qui vient de refermer la porte, MA porte, sur lui et moi et qui me dit que je suis belle.

Il me parle tout près du visage. Je lui dis qu’il faut qu’il parte, merci pour la pizza, va-t’en, au revoir maintenant, et d’autres trucs absolument inefficaces et inappropriés. Il s’énerve, il me dit que c’est bon, ça va, on discute, tranquille, tu sais c’est un boulot à la con livreur de pizza, pour une fois qu’il rencontre quelqu’un de cool, je vais pas en faire un plat, viens on se pose, assieds-toi.  ASSIEDS TOI JE T’AI DIT. Je vois bien que ça l’énerve, que je lui demande de partir, que je refuse de m’asseoir, que je souris plus du tout d’un coup.

Alors, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai tellement peur  que je fais comme avec les mecs-du-RER. D’un coup je deviens gentille, je lui dis ok, je vais m’asseoir on va parler, attends je vais nous chercher des verres. Et j’ai mal au bide, envie de vomir, envie de me jeter par la fenêtre, envie d’être n’importe où ailleurs qu’enfermée chez moi avec un mec qui me crie dessus si je ne m’assois pas. Je vais nous chercher des verres, assieds-toi, enlève ton manteau, pose ton casque, je lui dis. Je réussis à enfin sourire, à faire genre que ça va se passer comme il veut, tout va bien garçon, ton plan va marcher.

En marchant vers la cuisine, et alors qu’il s’installe sur le canapé, détente, je me jette sur la porte, j’enlève le verrou et je cours. Je dévale les escaliers, je me retrouve en bas, je me rends même pas compte que je chiale, j’en ai rien à foutre d’avoir laissé ce bâtard chez moi là-haut, je veux être loin, je veux être avec des gens, je veux être dans un endroit safe, je veux voir mon papa.

Je cavale, moi qui ne cours jamais après le bus. Dehors, heureusement c’est la sortie du lycée collé à mon appart. Y a plein de lycéens qui fument des clopes et qui discutent, en grappes de cinq ou six. Je rentre dans un groupe ou plutôt je me colle au milieu. Les jeunes sont là avec leurs têtes bizarres à se demander ce qu’une meuf inconnue, pas beaucoup plus vieille qu’eux, vient foutre là. Je me baisse un peu, je mets ma capuche, je réponds à aucune de leurs questions, ils me demandent pourquoi je pleure, je savais même pas que je pleurais. Je m’allume une clope et j’attends, avec toujours cette peur au bide qui te tord en deux et qui te dit que tu vas mourir, là, tout de suite.

Je le vois sortir de l’immeuble. Jeter un œil sur les lycéens. J’ai l’impression qu’il me cherche, je suis sûre qu’il me cherche. Mais non. Il bidouille son téléphone et remonte sur sa mob. A la cool. Au revoir.

Pendant des semaines, des mois, j’ai eu peur dans mon bel appart que j’adorais. Parce qu’il avait le code. Parce qu’il pouvait revenir directement à la porte. Parce que je m’étais enfuie et qu’il devait être en colère. Parce que.

Pendant des semaines, des mois, je coupais le son quand j’entendais l’ascenseur s’arrêter à mon étage. Quand les témoins de Jeovah sonnaient à la porte. Quand mon voisin garait sa mob en bas de l’immeuble. Quand mon gardien venait frapper à la porte pour les étrennes ou un recommandé.

Onze ans après, j’ouvre toujours pas la porte quand je commande à manger. Je demande à mon coloc ou à mon mec, mais pour moi, les livreurs c’est fini. ONZE ANS.

Cette histoire-là, j’en avais quasiment jamais parlé. A personne. Parce que c’est la honte. Parce que je suis une fille forte. Parce qu’il m’a pas frappée après tout alors pourquoi j’ai eu peur, hein ? Parce que mon papa m’a appris à viser les couilles si ça arrive. Et parce que j’ai pas pu. Tout ce que j’ai pu faire c’est m’enfuir. Et pleurer. Et oublier. Ou essayer.

La peur du viol, c’est ça. C’est passer en une seconde de « Oh cool, je vais me taper une 4 fromages » à « Je vais me faire violer. Ou tuer. Ou les deux ». Entre autres. Bienvenue dans le monde des femmes, loin des conseils beauté et des conversations sur Beyoncé.

PS : Hey, livreur de merde, si tu me lis, BOIS MES REGLES ENFOIRE. Comme dirait @kanyewech.