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Hier, un mec armé d’un cutter, d’une Kalash, d’un gun et d’autres joyeusetés du genre s’est mis à agresser les passagers d’un Thalys. Torse nu, il tire des coups de feu dans le wagon et touche un voyageur à la gorge. Un premier pékin tente de le désarmer en sortant des toilettes, en vain. Deux militaires américains – un rentre d’Afghanistan, l’autre est dans l’Air Force – parviennent à le maitriser. Il est arrêté, les passagers sont pris en charge sur le plan psychologique. Les journalistes débarquent, Bernie Cazeneuve aussi et Jean Hugues Anglade voit son agenda booké pour les trois prochains mois, ce qui ne lui est pas arrivé depuis le finale de Braquo.

Twitter, 13 heures du mat’ : j’en vois qui sont scandalisés que les employés du Thalys se soient enfermés dans une mini-cabine et n’aient pas ouvert quand les passagers terrifiés tambourinaient à la porte. D’autres hurlent à l’humanité dépravée, au sein de laquelle toute empathie a  définitivement disparu, que fait la police, pourquoi personne n’est intervenu, inadmissible, heureusement qu’il y avait des GI’s en goguette. Et vas-y que ça part en « mais moi, si j’avais été là, j’aurais au moins ouvert la porte pour protéger les enfants/les handicapés/ceux qui ont une carte Vermeil ». Et « mais quand même, ils auraient pu faire quelque chose, c’est ce que j’aurais fait, c’est clair ». Et des « mais c’est HUMAIN, on ne peut pas laisser des gens en danger se débrouiller face à un mec armé jusqu’aux dents, faut être solidaires ».  Et aussi « non-assistance à personne en danger, c’est criminel ».

Du coup, ça me fait doucement marrer – d’autant plus que personne n’est mort et que par ailleurs, il n’avait pas l’air d’avoir bien suivi sa formation de terroriste, le mec. En fait, ça me rappelle la bonne dizaine de fois où on m’a agressée dans le métro/RER/bus/Noctilien et où personne n’a bougé d’un poil, alors qu’apparemment les trains – les Thalys en tous cas – sont remplis de héros ordinaires qui ne demandent que ça, d’intervenir.

2010 : Nogent sur Marne, 22h00, j’attends le bus. Il y a une dizaine de personnes qui poireautent avec moi, j’ai mes écouteurs, je m’en bats, je m’adosse à un poteau et j’écoute Booba. D’un coup, je sens que quelqu’un m’attrape par derrière, par la taille puis par les cheveux, et pose un truc froid contre ma gorge. Le mec m’insulte (je vous passe les détails, c’était pas super original), me dit que si je bouge ou si je crie, il me plante. Qu’il veut juste toucher mon cul de pute et que je la ferme. Je suis en panique, je fais ce qu’il dit, je bouge pas, mais je jette mon meilleur regard de Bambi au jeune mec de l’autre côté du poteau. Il me regarde dans les yeux, prend un air désolé – le même que font les gens quand il y a un type qui fait la manche mais qu’ils ne veulent rien donner –  et se remet à trainer sur FB. De l’autre côté, dans mon champ de vision, il y a un type d’une quarantaine d’années, plutôt baraque, en pantalon à pinces beige. Nos regards se croisent et l’espace d’une minute, je crois qu’il va intervenir mais non, il se déplace et va vérifier à quelle heure arrive le bus.

2011 : Je rentre un peu bourrée en Noctilien. Habituée du truc, j’ai enfilé un leggings et un vieux sweat Adidas par-dessus ma robe, histoire de pas devenir un appeau à connards de nuit. Je m’asseois dans un espace à quatre et j’écoute Booba – oui, encore. Deux bolosses arrivent, me soulent, exigent que j’enlève mes écouteurs pour écouter leurs conneries, proposent que je les suce tous les deux vu que le trajet est long et que d’façon y a que les putes qui prennent le bus pour rentrer en banlieue seule à 1h30 du mat, donc bon, tu vas pas faire chier. Je me lève, je vais voir le conducteur, je me plains qu’ils m’emmerdent, qu’il faut intervenir. Le mec, un peu embêté, jette des coups d’œil flippés dans son rétro et me dit que le mieux c’est de descendre et d’attendre le prochain, qu’il  est tout seul et que les autres sont deux et à 4 grammes, qu’il peut rien faire à part appeler la sécu RATP, mais à cette heure-là ça va prendre un moment. Les gens du bus s’en battent les couilles.  Je descends et j’attends le prochain Noctilien, toute seule, à Montreuil, pendant 50 mn en pleine nuit, en remerciant le ciel que les mecs ne soient pas descendus avec moi.

2011, encore : je vais chez ma daronne, dans le 77, une heure de RER A, c’est l’été et la nuit vient de tomber. Le wagon est plein (j’ai pris la dernière place assise) et c’est surtout des bonhommes qui lisent et quelques couples de touristes, vu qu’y a Disney au bout de la ligne. Deux mecs complètement pétés, bouteille de sky Leader Price à la main, entrent et gueulent sur les gens assis pour avoir une place. Pas de problèmes, un couple flippe direct et change de wagon. En face de moi, dans un espace pour deux, il y a un mec, la trentaine, genre Pakistanais, qui n’a l’air de rien biter. Les mecs bourrés commencent à l’insulter salement, façon racistes des grands soirs, et menacent publiquement de lui ouvrir la gorge avec le tesson dès qu’ils auront fini la bouteille.  Du coup, comme il a pas l’air de comprendre que ça devient chaud, je lui fais signe le plus discrètement possible de dégager, avant qu’il lui arrive des embrouilles. Il pige pas, me regarde avec des grands yeux, observe les mecs et finit par capter et se casser au niveau de Val de Fontenay. Au moment où il change de wagon, les mecs ont fini la bouteille, le poursuivent et lui lancent le sky à la tête juste avant qu’il ne s’engouffre dans la voiture de devant. Les bourrés sont vénères, s’en prennent à moi, m’insultent, l’un d’entre eux me tient par les bras pendant que l’autre me crache des énormes mollards sur le visage en continuant de m’injurier comme la dernière des merdes. Noisiel, ils se rendent compte qu’ils sont arrivés, me mettent deux baffes, crachent encore, me traitent de sale pute à pakpak, descendent en tapant sur la vitre. Je suis par terre, j’ai le visage plein de crachats et de larmes, je suis choquée et en colère, genre je vais en buter un.  Alors pendant les quatre stations qui me séparent de ma destination, j’engueule les passagers. Que des mecs sauf deux. Tout le monde pépouze derrière son 20 minutes ou son Tolkien fait genre de ne pas avoir vu ou entendu la scène et d’ailleurs ils ne me voient toujours pas, alors que je me suis relevée et que je les engueule bien fort au milieu du wagon. Je sors des arguments de merde parce que j’en ai ras le cul, genre « je pourrais être votre meuf, votre sœur, votre cousine » et « putain mais vous avez aucun respect pour vous-mêmes » et des conneries du genre. Pas de réaction à part quelques regards gênés. Ma mère vient me chercher au RER, je suis en larmes, j’ai 17 de tension et des glaires plein les sourcils.

2013 : je rentre d’une soirée, métro 8 jusqu’à l’appart, cette fois Kaaris dans les oreilles, parce que le rap ça rend invincible un peu. Répu. Un mec rentre, je suis debout au fond, vers la porte, c’est le dernier métro, y a du monde. C’est un type normal avec les yeux un peu fous, je le vois mais je fais genre que non et je me concentre sur Zoo, parce que quand même c’est cool. Il bouge les gens, vient se coller en face de moi, me chuchote un truc salace dans l’oreille, tellement fort que je l’entends à travers les écouteurs. Je lui dis de dégager avec ma meilleure tête de super-babtou-ghetto-du-dernier-métro. Il s’en bat, cale ses deux mains sur la vitre pour m’enfermer, continue les insultes, colle sa braguette contre mon jean, se frotte, rien à foutre. Je demande tout fort : est-ce que quelqu’un pourrait m’aider, là ? Il y a un blanc dans les conversations autour de moi, mais genre, une demi-minute. Tous semblent avoir évalué en deux-deux le ratio risques/avantages d’une intervention – ne serait-ce que tirer le signal d’alarme – et avoir décidé que j’avais qu’à me démmerder, que c’était pas si grave un mec qui frotte sa bite contre une inconnue en l’insultant. Pareil, je finis par descendre du métro en mode samourai, c’est-à-dire par surprise, au moment où le signal retentit, et je finis mon trajet à pieds.

Je m’arrête là parce que si vous avez tout lu, vous avez compris le principe, mais je pourrais continuer. Je pourrais aussi lancer un appel à témoignages à toutes mes potes qui ont pour pratique de prendre les transports tard – ou pas – et de se promener dans la rue ou le métro, comme SI ON AVAIT LE DROIT D’ETRE LA ET DE SE CROIRE EN SECURITE DANS LES SERVICES PUBLICS. Les mecs – bah oui, que des mecs, déso – des exemples que j’ai donnés n’étaient pas armés, sauf ceux avec la bouteille et encore. Et personne n’a bougé. PER-SONNE. Je sais que ça fait cliché, mais tout le monde s’est retranché derrière son journal, FB, ses écouteurs ou la dernière daube de Marc Levy. Tout le monde a prié dans sa tête pour que ça cesse vite, que les agresseurs s’en aillent d’eux-mêmes, qu’il n’y ait plus besoin de faire semblant de ne rien voir, alors qu’on est un groupe de personnes enfermées dans 30m2 et que l’un d’entre nous (ou plus vraisemblablement l’une d’entre nous) est agressé (e) et que peut-être – éventuellement- si on s’y met à dix, le mec va se barrer.

Du coup, vos conneries de héros et de ha-bah-moi-c’est-clair-j’aurais-réagi-direct-non-assistance-à-personne-en-danger-tribunal-populaire-de-l’héroisme-ordinaire, ça me fait bien gerber. Cordialement.

Puisque même les Inrocks  semblent s’improviser spécialistes des Roms, je m’y mets aussi.

Oui, le gouvernement socialiste procède à l’exécution de décisions de justice antérieures et organise le « démantèlement » des camps roms. En effet.

Après (et normalement avant) la destruction des camps en question, deux propositions sont faites aux populations : soit un relogement en hôtel social (dispositif classique à destination des personnes sans abri), soit une aide au retour dans le pays d’origine sous réserve de l’acceptation par la personne concernée ou si elle est en situation irrégulière (c’est-à-dire dans l’incapacité de subvenir à ses besoins au-delà de trois mois de présence sur le territoire, ce qui vous allez le voir relève d’un exploit).

Alors, on est d’accord, le relogement en hôtel social, ce n’est pas la panacée et cela ne peut être que provisoire. Ce sont souvent des établissements délabrés, voire insalubres, situés dans des quartiers tout aussi peu entretenus et je ne souhaite à personne de devoir vivre et élever ses gosses dans de telles conditions. Mais il y a l’eau, l’électricité, le chauffage et un toit en dur sur la tête. Ça vous semble surement insuffisant, mais Maslow a travaillé dessus, croyez-moi. En gros, tout être humain doit d’abord répondre à ses besoins physiologiques (manger, boire, se vêtir..) pour être en mesure de satisfaire ses besoins secondaires (sécurité, reconnaissance sociale par le travail notamment..) Ceux qui ignorent qui est ce brave homme peuvent en savoir plus avec ce schéma à la François Langlet  : http://www.psychologuedutravail.com/tag/pyramide-des-besoins-de-maslow/

Il faut aller plus loin que la question des expulsions, des camps, des conditions de vie, du relogement et des « nuisances ». Il faut parler des contraintes à l’emploi très fortes qui pèsent sur ces populations, car c’est le cœur du problème. Ce sont ces dispositions spécifiques et discriminantes qui font de ces européens des citoyens de seconde zone. Visez un peu.

Quand on vient de Bulgarie/Roumanie, pour pouvoir travailler, il faut un titre de séjour « salarié ». Pour obtenir ce sésame, il faut fournir une déclaration d’embauche ou un certificat de travail. Euh, pour le second document, c’est compliqué vu que les Roumains et Bulgares n’ont pas le droit de travailler sans titre de séjour, ils ne risquent pas de pouvoir présenter un certificat de travail, vous suivez ? Bon.

Admettons maintenant que le potentiel travailleur roumain ait trouvé un employeur (même avec 10% de chômage). Le patron volontaire doit alors remplir une flopée de documents en tous genres, et surtout prouver qu’il veut embaucher le salarié roumain/bulgare sur un des 150 métiers en tension, ou, si ce n’est pas le cas, qu’il a cherché en vain un demandeur d’emploi résidant sur le sol français capable d’occuper ce poste. Vous avez déjà mal à la tête ? Les patrons aussi.

Pour avoir un titre de séjour « non actif » en France (qui ne permet pas de travailler, donc),  contrairement aux espagnols, grecs, portugais, italiens, il faut fournir un justificatif de domicile (LOL), trois photos, et…un document attestant de ses ressources et de celles de sa famille (RE-LOL). Sachant qu’ils n’ont pas droit aux prestations sociales avant 3 à 5 ans de présence sur le territoire et pas le droit de travailler sans le titre de séjour « salarié », ça complique un peu. Comment fournir des preuves de ressources et de domicile lorsqu’on n’a ni l’un ni l’autre ?

On résume, j’en vois qui sont perdus dans le fond de la salle : pas de preuves qu’aucun demandeur d’emploi résidant en France n’est disponible pour occuper le poste à la place du Roumain/Bulgare = pas de possibilité d’embaucher = pas de déclaration d’embauche = pas de possibilité d’avoir un titre de séjour « salarié » = pas de possibilité de travail.

Kafka, si tu nous regardes, big up, gros.

Finalement, les hauts cris que poussent en chœur la twittosphère et les médias désœuvrés au sujet du traitement digne d’un Claude Guéant réservé par Valls aux Roms passent à coté de l’essentiel. Mais c’est effectivement plus simple d’hurler sur le parti socialiste que d’expliquer le problème de fond (et puis, si vous vouliez le changement, fallait voter plus à gauche, hein).

Seuls les ressortissants de la Bulgarie et de la Roumanie sont visés par ces restrictions au sujet du travail. La France devait accorder aux citoyens de ces deux pays les mêmes droits qu’aux autres européens en 2012. Elle a repoussé cette échéance à 2014. On y arrive. Mettre fin à ces mesures discriminantes dès aujourd’hui, c’est permettre aux gens de travailler, de se loger, de subvenir honnêtement à leurs besoins, de scolariser leurs enfants, de s’intégrer dans la cité. La principale source de difficultés est là. Pas sur les bords du périph.  Enfin je crois.

Pas de bande son cette fois, mais un extrait d’un film mondialement connu. Ou pas.

Ce matin, les yeux encore collés, tasse de café brulant à la main, j’ouvre tant bien que mal Google Actu, pour vérifier que Fukushima n’a pas explosé/qu’une intervention en Syrie n’est pas programmée/ que Delarue est toujours en vie/que l’athlète saoudienne en bonnet de bain n’a pas été lapidée dans les rues londoniennes.

Première info sur la page : la Syrie (quand même, hein) et divers articles de fonds (des dépêches AFP commentées par les stagiaires journalistes en vrai) sur le sujet.

Et puis… un déluge, que dis-je, une avalanche, un tsunami de faits divers concernant les enfants.

1)    Bébé enlevé à Aubervilliers : Tremblez, braves gens ! De dangereux psychotiques se promènent à la cool dans les maternités françaises. Ils kidnappent des nouveaux nés tranquille, sans que personne ne les remarque. La faute à qui ? Surement à ces hôpitaux psychiatriques forcément peu surveillés, dirigés par des responsables laxistes qui considèrent que ces maboules ne doivent pas être attachés au lit 24h/24h.  Moralité : ce monde est dangereux et n’enferme pas assez ses dingues, qui peuvent impunément vous voler vos enfants. On ne peut pas faire confiance aux hôpitaux publics. Les fous tuent.

2)    Enfant tué par son père qui l’a pris pour une balle rebondissante : Un papa a tué son môme en le jetant par terre à deux reprises, suite à une dispute au sujet de la crème solaire. Bon alors, mes amis, si on ne peut plus se fier à son propre conjoint, où va-t-on ?! Mon passage préféré dans l’article : « Le meurtrier présumé est un adepte de la nature, végétalien, sans permis de conduire, ne possédant ni téléphone portable ni carte bancaire ni matériel informatique, a expliqué le procureur ». Donc, non seulement il faut se méfier des potentiels pères de nos tout aussi potentiels enfants, mais en plus, vous me ferez le plaisir de faire très attention aux hippies mâles. On ne peut faire confiance à un mec qui n’a pas de portable et ne bouffe pas de steak saignant. Les pacifistes à cheveux longs tuent.

3)    Deuxième enfant noyé dans une piscine : Pendant que des petits roms se font renvoyer en Romie, figurez-vous qu’en France, il y a des enfants qui se noient dans les piscines (privées). Alors, attention, ça concerne tout le monde, pas seulement les riches, ce ne sont pas forcément des vraies piscines, creusées et tout. Cette info capitale pour la sécurité nationale s’applique aussi aux trucs gonflables qu’on achète chaque été et qui nous font perdre un poumon à les gonfler à la bouche pendant des heures, sous les encouragements des mômes. On ne peut pas faire confiance aux objets du quotidien. Surtout en été. Les piscines tuent.

4)    Les biberons magiques empoisonnés : Justement à propos d’objets dangereux, Monoprix,  pourfendeur de moutards depuis 1884, retire de ses rayons un « biberon magique » dont le liquide de décoration serait contaminé par une dangereuse bactérie. Vous serez donc priés d’apporter une attention particulière aux biberons, jouets, couvertures, hochets, cahiers de vacances et consoles qui peuvent tuer vos gosses. On ne peut pas faire confiance à la grande distribution. Carrefour et Auchan tuent.

5)    Enfant qui se jette du 5ème étage après une dispute : Enfin, dernier danger mortel pour les petits dont m’avertit très pertinemment Google Actu France : eux-mêmes. Ben oui, nul n’est à l’abri que son bout de chou se pende avec le rideau de douche, pour peu qu’il ait assisté à une discussion familiale un peu houleuse. On ne peut donc pas faire confiance aux enfants, ni à leurs parents qui peuvent pas s’empêcher de s’engueuler devant eux. La famille tue.

Parents, frères, sœurs, cousins, vous avez cru pouvoir profiter de vos deux semaines en bungalow aux Sables d’Olonne avec la marmaille pour vous DÉTENDRE ? Vous pensiez naïvement profiter de vos mômes, jouer avec eux, demander à votre moitié de leur passer de la crème, patauger dans la piscine gonflable, biberon magique sous le bras ? Bah raté.

Les médias vous prient de rester concentrés, tourmentés et surtout bien angoissés par les multiples dangers qui guettent la chair de votre chair en permanence. Comme ça, vous continuez à flipper, à être tendus, sur la défensive, repliés sur vous-mêmes. La trouille vous empêche de réfléchir à d’autres problèmes de société. Vous serez à point pour la rentrée, qui s’annonce particulièrement stressante.

Par un beau jour de 2003, j’ai pris ma télé, et je l’ai jetée.

Symboliquement, c’était une chouette image. Et depuis, je vis très bien. J’achète la presse, je me renseigne sur le net, je lis des bouquins. Pour me divertir, je participe à des concerts, je vais au ciné, au resto, au spectacle. Et je télécharge illégalement. Tout va bien, donc, la disparition de la télévision de mon quotidien n’a entamé en rien mon capital culturel.

En cette période d’élections présidentielles, je redouble d’attention, je multiplie la lecture d’articles, d’analyses, de programmes électoraux, le visionnage d’interventions de candidats.
Et puis…Twitter m’a parlé du Petit Journal. Émission phare de Canal + semble-t-il, où la politique est particulièrement mise à l’honneur et ses représentants durement chahutés. Et les twittos de vanter le coté impertinent et décalé du Petit Journal, qui présente les candidats sous un autre jour, qui les taquine, les ulcère, les provoque, leur met cher.

J’ai donc regardé plusieurs émissions, pour ne pas mourir idiote. Celle avec Nicolas Sarkozy, celle avec Marine Le Pen, celle avec François Hollande, et celle au sujet de Mélenchon, puisque celui-ci a refusé d’y participer.

Voici donc nos candidats présentés à une heure de grande écoute, par un animateur plus que complaisant. La recette est simple : sourires entendus, petites vannes anodines, vidéos humoristiques, applaudissements du public aux pirouettes des politiques, qui n’ont, il faut le dire, que peu d’efforts à fournir, pour répondre aux petites, aux minuscules, aux microscopiques piques que lance Yann Barthes.

Je découvre avec stupeur qu’être décalé, c’est réaliser des montages d’images des candidats et leur montrer en ricanant. Par exemple, Sarkozy adore les chouquettes et bouffe comme un goret pendant les meetings et réunions. Ouahou, Yann, quelle impertinence ! Quelle insolence ! Ca, c’est une attaque vraiment osée. Je me cache les yeux tant j’ai peur de la réaction du candidat président. Yann, fais gaffe, un coup comme ça, c’est risquer ta place.

Je réalise dans l’effroi qu’être audacieux, c’est inviter Marine Le Pen à pratiquer l’autodérision pendant 19 minutes. Vêtue d’un petit haut à fleurs façon Caroline Hingles, la quadra souriante aux cheveux dorés  se fend la gueule devant les montages vidéo. Son capital sympathie augmente singulièrement. Forcément, qui imaginerait que cette charmante dame véhicule des idées pareilles, voyons ! Elle est si gentille, si fraiche, elle a un tel sens de l’humour, vraiment elle n’est pas comme son père, se disent probablement quelques électeurs encore indécis. Bien joué Yann, beau boulot.

J’ai pris conscience qu’être impertinent c’est décrypter les tics de langage de François Hollande. Homme politique rodé, lui aussi se moque gentiment de ses fans féminines, qui lui courent après pour avoir un bisou, il raille ses conseillers qui lui recoiffent la mèche régulièrement ou lui ordonnent où et quand aller. Le public rit, Yann aussi, François est ravi. Quel culot ils ont au Petit Journal, dites donc, ils y vont fort !

Moi je croyais que la politique, c’était des idées, des valeurs, des propositions, regroupées sous des partis, et représentés par un candidat. Je croyais aussi que les élections présidentielles n’avaient rien à voir avec le télé crochet, je pensais que nous votions pour le projet de société dont nous nous sentions le plus proche, pas pour une personnalité qui passe bien à l’écran. Mais j’ai du me tromper.

Finalement, Le Petit Journal n’est rien d’autre qu’un monstre de bien-pensance,  une tribune dorée offerte gracieusement aux candidats qui maitrisent ce type d’exercice, et qui aiment mélanger la politique et le people.

Je suis sure que Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy et François Hollande remercient chaque matin Yann Barthes et son équipe de leur avoir offert un tel cadeau et sauront faire preuve de reconnaissance une fois les élections passées. Vu qu’il les suce tous, peu importe le résultat du 6 mai, Yann Barthes sera dans les petits papiers du prochain président. Bingo, mon frère. Et longue vie à ton programme de divertissement.

Sur ce, je vais m’acheter un journal. Un vrai, un en papier, un avec d’authentiques  journalistes dedans. Bisou

PS : Je n’ai vu qu’un seul « Grand Journal », celui avec Marine Le Pen. Le seul fait qu’André Manoukian soit leur expert dans le domaine culturel m’a suffit. Largement. Mais si vous me dites que ça vaut le coup, promis, je m’y mets.