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Pile ils gagnent, face tu perds

Publié: 10 février 2014 dans La vraie vie, Politique

Une histoire qui pourrait aider à comprendre comment ça se passe, au jour le jour, pour toutes les femmes, même ta mère, ta vieille tante Ursule et ta petite voisine de 13 ans.

Jeudi soir, je sors de mes partiels et de ma journée de taff, un peu épuisée nerveusement mais contente avec l’envie de célébrer la fin de cette longue journée.

22h30, je vais donc chez Khaled, l’épicier du quartier, chercher des bulles. Je l’aime bien Khaled, on a souvent des conversations intéressantes sur le RSA, l’entreprenariat, la famille et souvent, on reste quelques temps à discuter. Mais pas ce soir.

Non, ce soir, pendant qu’on papote, quatre mecs entrent dans le magasin. Elle est mini cette épicerie, et surtout, il y a des denrées jusqu’au plafond, il faut limite se mettre de profil pour circuler dans les deux « rayons ». Les mecs entrent. Les trois premiers saluent Khaled et passent derrière moi en s’excusant. Je suis debout, le ventre contre la caisse, en face de mon épicier préféré. Le dernier mec de la bande arrive, me voit, et en passant derrière moi colle son bas ventre sur mes fesses (je sens les boutons de sa braguette de jean), me frotte, en laissant trainer sa main droite sur moi. Sans pression.

Il se passe alors un truc genre inception :

1) Je suis pétrifiée. Je sens que ce mec m’agresse avec sa bite inconnue contre mes fesses.

2) Khaled voit ce que fait le mec. Et voit que je suis pétrifiée.

3) Le mec voit que Khaled le voit et que je sais ce qu’il est en train de me faire. Et voit surtout que personne ne dit rien, ni l’épicier, ni moi.

Voilà typiquement une situation « pile il gagne, face tu perds ».

Et d’une, si je me retourne pour lui hurler dessus ou dégager ses mains dégueulasses, le type va me faire un scandale genre l’innocent indigné « Mais non, je faisais rien que de passer, t’es folle ou quoi, qu’est ce qui te prend t’es parano » etc. En plus, ses potes vont se ramener et à 4 contre moi, je ne sais pas comment ça pourrait tourner.

De deux, Khaled n’a pas réagi. Du coup, je ne sais pas s’il prendra ma défense ou non, ni comment il se positionnera si je me mets à péter un cable contre le frotteur fou.

 Troisièmement, il y a la question de mon état d’esprit : je suis à la fois euphorique et épuisée, et franchement, la féministe en moi était en congés ce soir là, impossible de trouver l’énergie (car il en faut) d’envoyer chier ce trou de balles devant mon épicier opportuniste et les potes bizarres du mec avec tous les risques potentiels que cela comporte.

 Pile, je ne fais rien, il gagne vu qu’il m’a pelotée gratos et sans conséquences. Face, je réagis et je me fais pourrir, sans avoir la certitude d’être soutenue dans ma démarche.

Le must de l’histoire ? Génée, alors que je remballais ma bouteille de champagne et mes bonbecs dans mon sac et saluait Khaled dans un murmure avant de rentrer chez moi, un peu moins  joyeuse, un peu plus en colère, le connard frotteur m’a lancé un « ET BONNE SOIREE MADEMOISELLE », tout fier de sa connerie.

Etre une femme au quotidien, c’est un peu survival of the fittest.