Archives de décembre, 2013

Je vois passer des tweets sur le sexisme au travail cet aprèm. A ce qu’il paraît 80% des femmes ont déjà été victimes de sexisme au travail. Dans mon parcours de fille un peu paumée, qui cravache depuis ses 18 ans en temps plein, j’ai bossé dans l’industrie et le tertiaire, à des postes et dans des environnements de travail variés, dont voici un petit florilège. Le top étant quand même la domination sexiste vécue récemment en milieu universitaire. Celle-là pique très fort.

Industrie :

En tant que monteuse de barres de toit sur des voitures à la chaîne, j’ai dû subir les réflexions salaces de mon N+1, un boutonneux fan de tunning, qui venait me susurrer dans l’oreille des cochonneries alors que j’avais les bras en l’air, les pouces en sang sur les bagnoles et que je devais être ô combien sexy dans mon bleu de travail trop grand. Et vas-y que je te murmure des « tu sais, si tu veux être reprise ici, je peux t’aider, avec les atouts que tu as…Viens me voir, je sais comment ça se passe, on en parle après le travail dans un coin tranquille ». A l’époque, je galérais grave, j’étais en intérim, j’allais régulièrement piquer du lait et des coquillettes chez mes parents, bref, je ne pouvais pas me permettre de perdre ce taff alors je me taisais et je faisais comme si j’entendais pas.

Heureusement, rapidement après, j’ai trouvé une mission d’ouvrière pour une boite sous-traitante de Diadermine. Encore à la chaine. Encore dans une zone industrielle dégueulasse de banlieue. A la pause du midi, on allait tous chez Leader Price acheter des sandwichs triangle à 1,50€(ceux qui ont le même gout que tu prennes thon ou poulet). Le contremaitre de cette usine-là me changeait de place tous les jours. Et puis il m’a staffé à une chaîne ou il fallait fermer des pots de crèmes hydratante de 6h à 15h. Il a raconté a tout le monde, tout fort, que « les meufs à gros seins allaient bien sur ces postes là parce que ça demandait de la force dans les pecs ». Et tous ces gros porcs de se marrer bien haut.

Restauration/Hôtellerie :

J’ai tellement d’anecdotes que ça me bousille la tête. En tant que serveuse, les mains au cul fréquentes, les blagues salaces sur ton physique alors que tu débarrasses leurs assiettes pleines de merde….En barmaid, les mecs qui essayent de te peloter les seins, qui claquent des doigts ou qui commentent ton cul avec leurs potes en attendant leur Pina. Le seul avantage, quand t’es barmaid en club, c’est que t’as un petit pouvoir : tu peux les ignorer et les faire attendre leurs cocktails trois plombes. Petite vengeance. Bien sûr, dans ces secteurs, surtout dans les bars de nuits, on te fait porter des t-shirts trois fois trop petits parce que c’est sexy, des boots, des poumpoumshorts, c’est à quel patron mettra le plus à profit ton physique pour sa gueule.

En hôtellerie, tu ne comptes plus les clients VRP qui te proposent de venir boire un verre dans leur chambre. Ou qui t’appellent pour que tu leur montes un Jack sec, « exceptionnellement. Et j’insiste pour que ce soit vous ». Bon là, tu lui fais monter son verre par Boubacar le veilleur de nuit, en général ça les calme, surtout s’ils lui ouvrent à poil.

Hôtesse (entreprise et évènementiel):  

Alors là, c’est simple, on te recrute d’abord au physique. A un entretien collectif pour une grande boite d’hôtesse, ils ont viré toutes les moches, les vieilles, les mal sapées et les grosses dès la première session. Tu fais vestiaire, tu te fais draguer par de gros lourdauds avinés qui viennent pour les 50 ans de leur boite de merde, tu te prends des mains au cul (encore), des réflexions sur ton tailleur, ton chignon et tes talons qui font très « secrétaire de porno » askiparait.

Quand je bossais pour de grands cabinets d’avocats, c’était pire. Le mec que tu assistes, un avocat junior qui a encore du lait qui lui sort du nez, te traite comme sa bonniche, mais t’exhibe dans les réunions, en insistant pour que tu serves le café à toute la table. Et il se trompe de prénom. EXPRES. Genre ça fait deux semaines que tu bosses pour ce connard et il continue à t’appeler Vanessa. Et quand enfin tu prends sur toi pour lui rappeler que ce n’est pas ton prénom, il te claque un « oui, enfin, c’est pareil, hein » et continue avec son Vanessa. A pleurer.

Social :

La partie islamophobe des lecteurs partiront surement du principe que les réflexions sexistes que je me prends dans le secteur social, vu que je bosse avec 75% d’hommes musulmans viennent d’eux. Raté trou de nez, elles viennent de mes collègues hommes blancs. Et des partenaires. Toujours à s’étonner que ma collègue et moi sachions écrire, réfléchir, construire des projets d’envergure. Et qu’on ne soit pas terrifiées par tous ces islamistes terroristes violeurs en puissance auprès desquels on travaille, juste elle et moi.

Milieu universitaire :

Alors là, c’est le pompon. Comme quoi, tout comme les violences conjugales, le sexisme, c’est pas qu’une affaire de pauvres sous-éduqués. Y a qu’à voir la composition du parlement ou des grandes entreprises ceci dit. Bref j’ai eu un prof l’année dernière qui voulait me la coller sur la joue. Clairement. J’ai refusé de voir ces avances (trop flattée d’être approchée par un chercheur, un vrai, un avec un doctorat), ces poèmes, ces emails envoyés à minuit pour savoir ce que je lisais etc. J’ai rien voulu voir. Jusqu’au jour où il m’a carrément pris la main après ma soutenance de mémoire. Ce mec m’a noté (très bien, d’ailleurs) deux UE sur 10. Et a fait partie de mon jury de mémoire. J’ai eu ma licence major de promo, mention très bien mais à cause de lui, à cause du doute qu’il a instillé dans ma tête, ce diplôme ne vaut plus rien à mes yeux. Et s’il m’avait bien notée juste pour pouvoir me choper, hein ? Et si je ne valais pas autant en fait ? Et si c’est ma faute ? Et si c’est moi qui ai tout imaginé ? Avec des « si », on met des connards de profs en bouteille. On devrait, en tous cas.

Ah oui, et mon psy m’a demandé s’il pouvait voir des photos de moi en tenue sexy. Mais bon c’est pas du travail.

Il y a du chemin Morray.

J’attends avec impatience la shitstorm et les malestears qui vont suivre ce billet. Des bisous quand même.

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