Archives de août, 2013

Ce matin, je suis grave énervée pour plein de trucs.

Je suis énervée parce que dans mon cercle de plus en plus restreint de connaissances (j’ai l’élimination facile en ce moment), j’entends encore et toujours des saloperies racistes-sexistes-universalistes à la con sur la menace du voile. Des propos horribles sur cette jeune fille de 16 ans, prétendument agressée qui est surement une menteuse et si par hasard elle dit la vérité et bien, rien à foutre, on s’excusera pas, elle l’aura quand même bien cherché, elle avékapa mettre un bout de tissu sur sa tête, et les lois de la république et la lutte contre l’intégrisme islamique et la laïcité bordel. Et puis à 16 ans elle est de toute façon surement pas foutue de comprendre la religion, manipulée à coups surs par son père ses frères ses oncles et toute cette sale engeance de cité qui nous font sentir qu’on n’est plus chez nous ma bonne dame. La vie des filles qui ont choisi de porter le voile en France, n’en déplaise à tous ces trous du cul qui luttent contre la bien-pensance (c’est-à-dire l’humanisme) leur appartient. Enfin DEVRAIT. Même si personne ne leur donne la parole, jamais. Même si  tout le monde met leur parole, celle-là même que personne ne pense jamais à recueillir, en doute quand elles racontent qu’elles se font insulter, agresser, dévoiler de force en pleine rue, toucher par les mains sales des fafs, scarifier au cutter.

Je suis énervée parce qu’hier, j’étais guillerette (enfin autant que peut l’être qu’une assistante sociale sous payée dans des conditions de merde, t’as vu), j’allais à Darty acheter un casque sans fil pour un résident qui se met cher tous les soirs à la 8.6 et qui du coup perd la télécommande et laisse l’écran du démon hurler toute la nuit. Les vieux à coté de sa chambre n’en peuvent plus et moi je suis pas là la nuit donc bon. Je me suis félicitée, super idée un casque sans fil, la paix des ménages pour seulement 29.90€. Et puis là, un connard m’a tapé sur l’épaule, a posé son gamin blond par terre, m’a fait signe d’enlever mes écouteurs et m’a dit que j’étais ravissante avec un gros sourire de merde. J’allais lui dire TAGGLE et puis je me suis rappelé que l’enfant, toujours par terre, me regardait en suçant son pouce. C’est là que monsieur connard sans gêne a demandé à son enfant de me répéter que j’étais vraiment une belle dame. Le chiard l’a fait, bien sur le pauvre, et j’ai failli gerber. Et appeler l’ASE. Mon corps m’appartient. Enfin DEVRAIT. Et les réflexions quotidiennes où de parfaits inconnus m’arrêtent dans la rue/le bus/la queue du Franprix pour me confier sans que je ne leur demande rien que je leur donne zizi dur dans le pantalon ou qu’ils me prendraient bien par les cheveux si seulement j’avais le temps pour faire la connaissance j’en peux plus.

Je suis énervée enfin parce que depuis deux ans, le foyer dans lequel je bosse et où habitent tant bien que mal 200 hommes isolés, anciens mecs de rue et travailleurs migrants à la retraite ou en galère, est en travaux. Genre en gros travaux ils refont tout, c’est la loi. Sauf que là, pour économiser des sous, on fait les travaux AVEC LES GENS DEDANS. Donc c’est le combo marteaux piqueurs, scies à bétons, tractopelles, coupures d’électricité et d’eau, mises hors service des escaliers et accès de secours, chambres régulièrement inondées de merde humaine. Depuis deux ans. En bonus ce matin, on respirait des petits bouts de polystyrène, qui voletaient partout parce qu’ils finissent la couverture du bâtiment. J’ai essayé de mettre le courrier des résidents dans les boites aux lettres (bah ouais, tu crois pas que le facteur va le faire non plus, le service public a ses limites quand ça concerne les pauvres, les non blancs et les pauvres non blancs) et j’ai failli tomber par terre. A 50 cm de ma pomme, un marteau piqueur de chaque coté. C’est ici que j’ai appris que le bruit pouvait te faire perdre l’équilibre. Les délégués des résidents sont corrompus, les gestionnaires portent bien leur nom, les résidents ont l’habitude de baisser la tête puisqu’on leur serine depuis 30 ans qu’ils sont pas chez eux et n’ont aucun droit. Leurs vies, leur intégrité physique et mentale, leur tranquillité, leur droit de vivre le moins mal possible dans la misère noire après des années de galère et de boulots insensés leur appartiennent. Enfin DEVRAIENT.

Je viens de regarder le matos à disposition dans mon bureau/algeco de 8m2-a-l’arrière-du-foyer et j’ai demandé à Google si je pouvais « fabriquer une bombe artisanale avec des agrafes, des classeurs 21/29.7 et des timbres » et d’autres combinaisons à bases de fournitures de bureau. En vain. Je m’attends à voir débarquer la brigade anti terroriste d’une minute à l’autre maintenant.  Remarque, à force de finir tous mes billets par des histoires de bombes, d’intestins sur les murs des ministères et de sang éclaboussé sur les patrons, ça va finir par arriver. Je les attends.

MAJ : Pour entendre les filles qui portent le niqab parler, il y a cet étonnant docu en accès libre http://feministesentousgenres.blogs.nouvelobs.com/niqab-hors-la-loi/ mais aussi bien sûr Pierre Tevanian, l’équipe d’LMSI.net et toute une flopée de chercheurs islamogauchistes à la méthodologie sans faille. On ne les entend jamais eux non plus.  Tragique.

Publicités