Archives de août, 2012

Puisque même les Inrocks  semblent s’improviser spécialistes des Roms, je m’y mets aussi.

Oui, le gouvernement socialiste procède à l’exécution de décisions de justice antérieures et organise le « démantèlement » des camps roms. En effet.

Après (et normalement avant) la destruction des camps en question, deux propositions sont faites aux populations : soit un relogement en hôtel social (dispositif classique à destination des personnes sans abri), soit une aide au retour dans le pays d’origine sous réserve de l’acceptation par la personne concernée ou si elle est en situation irrégulière (c’est-à-dire dans l’incapacité de subvenir à ses besoins au-delà de trois mois de présence sur le territoire, ce qui vous allez le voir relève d’un exploit).

Alors, on est d’accord, le relogement en hôtel social, ce n’est pas la panacée et cela ne peut être que provisoire. Ce sont souvent des établissements délabrés, voire insalubres, situés dans des quartiers tout aussi peu entretenus et je ne souhaite à personne de devoir vivre et élever ses gosses dans de telles conditions. Mais il y a l’eau, l’électricité, le chauffage et un toit en dur sur la tête. Ça vous semble surement insuffisant, mais Maslow a travaillé dessus, croyez-moi. En gros, tout être humain doit d’abord répondre à ses besoins physiologiques (manger, boire, se vêtir..) pour être en mesure de satisfaire ses besoins secondaires (sécurité, reconnaissance sociale par le travail notamment..) Ceux qui ignorent qui est ce brave homme peuvent en savoir plus avec ce schéma à la François Langlet  : http://www.psychologuedutravail.com/tag/pyramide-des-besoins-de-maslow/

Il faut aller plus loin que la question des expulsions, des camps, des conditions de vie, du relogement et des « nuisances ». Il faut parler des contraintes à l’emploi très fortes qui pèsent sur ces populations, car c’est le cœur du problème. Ce sont ces dispositions spécifiques et discriminantes qui font de ces européens des citoyens de seconde zone. Visez un peu.

Quand on vient de Bulgarie/Roumanie, pour pouvoir travailler, il faut un titre de séjour « salarié ». Pour obtenir ce sésame, il faut fournir une déclaration d’embauche ou un certificat de travail. Euh, pour le second document, c’est compliqué vu que les Roumains et Bulgares n’ont pas le droit de travailler sans titre de séjour, ils ne risquent pas de pouvoir présenter un certificat de travail, vous suivez ? Bon.

Admettons maintenant que le potentiel travailleur roumain ait trouvé un employeur (même avec 10% de chômage). Le patron volontaire doit alors remplir une flopée de documents en tous genres, et surtout prouver qu’il veut embaucher le salarié roumain/bulgare sur un des 150 métiers en tension, ou, si ce n’est pas le cas, qu’il a cherché en vain un demandeur d’emploi résidant sur le sol français capable d’occuper ce poste. Vous avez déjà mal à la tête ? Les patrons aussi.

Pour avoir un titre de séjour « non actif » en France (qui ne permet pas de travailler, donc),  contrairement aux espagnols, grecs, portugais, italiens, il faut fournir un justificatif de domicile (LOL), trois photos, et…un document attestant de ses ressources et de celles de sa famille (RE-LOL). Sachant qu’ils n’ont pas droit aux prestations sociales avant 3 à 5 ans de présence sur le territoire et pas le droit de travailler sans le titre de séjour « salarié », ça complique un peu. Comment fournir des preuves de ressources et de domicile lorsqu’on n’a ni l’un ni l’autre ?

On résume, j’en vois qui sont perdus dans le fond de la salle : pas de preuves qu’aucun demandeur d’emploi résidant en France n’est disponible pour occuper le poste à la place du Roumain/Bulgare = pas de possibilité d’embaucher = pas de déclaration d’embauche = pas de possibilité d’avoir un titre de séjour « salarié » = pas de possibilité de travail.

Kafka, si tu nous regardes, big up, gros.

Finalement, les hauts cris que poussent en chœur la twittosphère et les médias désœuvrés au sujet du traitement digne d’un Claude Guéant réservé par Valls aux Roms passent à coté de l’essentiel. Mais c’est effectivement plus simple d’hurler sur le parti socialiste que d’expliquer le problème de fond (et puis, si vous vouliez le changement, fallait voter plus à gauche, hein).

Seuls les ressortissants de la Bulgarie et de la Roumanie sont visés par ces restrictions au sujet du travail. La France devait accorder aux citoyens de ces deux pays les mêmes droits qu’aux autres européens en 2012. Elle a repoussé cette échéance à 2014. On y arrive. Mettre fin à ces mesures discriminantes dès aujourd’hui, c’est permettre aux gens de travailler, de se loger, de subvenir honnêtement à leurs besoins, de scolariser leurs enfants, de s’intégrer dans la cité. La principale source de difficultés est là. Pas sur les bords du périph.  Enfin je crois.

Pas de bande son cette fois, mais un extrait d’un film mondialement connu. Ou pas.

Ce matin, les yeux encore collés, tasse de café brulant à la main, j’ouvre tant bien que mal Google Actu, pour vérifier que Fukushima n’a pas explosé/qu’une intervention en Syrie n’est pas programmée/ que Delarue est toujours en vie/que l’athlète saoudienne en bonnet de bain n’a pas été lapidée dans les rues londoniennes.

Première info sur la page : la Syrie (quand même, hein) et divers articles de fonds (des dépêches AFP commentées par les stagiaires journalistes en vrai) sur le sujet.

Et puis… un déluge, que dis-je, une avalanche, un tsunami de faits divers concernant les enfants.

1)    Bébé enlevé à Aubervilliers : Tremblez, braves gens ! De dangereux psychotiques se promènent à la cool dans les maternités françaises. Ils kidnappent des nouveaux nés tranquille, sans que personne ne les remarque. La faute à qui ? Surement à ces hôpitaux psychiatriques forcément peu surveillés, dirigés par des responsables laxistes qui considèrent que ces maboules ne doivent pas être attachés au lit 24h/24h.  Moralité : ce monde est dangereux et n’enferme pas assez ses dingues, qui peuvent impunément vous voler vos enfants. On ne peut pas faire confiance aux hôpitaux publics. Les fous tuent.

2)    Enfant tué par son père qui l’a pris pour une balle rebondissante : Un papa a tué son môme en le jetant par terre à deux reprises, suite à une dispute au sujet de la crème solaire. Bon alors, mes amis, si on ne peut plus se fier à son propre conjoint, où va-t-on ?! Mon passage préféré dans l’article : « Le meurtrier présumé est un adepte de la nature, végétalien, sans permis de conduire, ne possédant ni téléphone portable ni carte bancaire ni matériel informatique, a expliqué le procureur ». Donc, non seulement il faut se méfier des potentiels pères de nos tout aussi potentiels enfants, mais en plus, vous me ferez le plaisir de faire très attention aux hippies mâles. On ne peut faire confiance à un mec qui n’a pas de portable et ne bouffe pas de steak saignant. Les pacifistes à cheveux longs tuent.

3)    Deuxième enfant noyé dans une piscine : Pendant que des petits roms se font renvoyer en Romie, figurez-vous qu’en France, il y a des enfants qui se noient dans les piscines (privées). Alors, attention, ça concerne tout le monde, pas seulement les riches, ce ne sont pas forcément des vraies piscines, creusées et tout. Cette info capitale pour la sécurité nationale s’applique aussi aux trucs gonflables qu’on achète chaque été et qui nous font perdre un poumon à les gonfler à la bouche pendant des heures, sous les encouragements des mômes. On ne peut pas faire confiance aux objets du quotidien. Surtout en été. Les piscines tuent.

4)    Les biberons magiques empoisonnés : Justement à propos d’objets dangereux, Monoprix,  pourfendeur de moutards depuis 1884, retire de ses rayons un « biberon magique » dont le liquide de décoration serait contaminé par une dangereuse bactérie. Vous serez donc priés d’apporter une attention particulière aux biberons, jouets, couvertures, hochets, cahiers de vacances et consoles qui peuvent tuer vos gosses. On ne peut pas faire confiance à la grande distribution. Carrefour et Auchan tuent.

5)    Enfant qui se jette du 5ème étage après une dispute : Enfin, dernier danger mortel pour les petits dont m’avertit très pertinemment Google Actu France : eux-mêmes. Ben oui, nul n’est à l’abri que son bout de chou se pende avec le rideau de douche, pour peu qu’il ait assisté à une discussion familiale un peu houleuse. On ne peut donc pas faire confiance aux enfants, ni à leurs parents qui peuvent pas s’empêcher de s’engueuler devant eux. La famille tue.

Parents, frères, sœurs, cousins, vous avez cru pouvoir profiter de vos deux semaines en bungalow aux Sables d’Olonne avec la marmaille pour vous DÉTENDRE ? Vous pensiez naïvement profiter de vos mômes, jouer avec eux, demander à votre moitié de leur passer de la crème, patauger dans la piscine gonflable, biberon magique sous le bras ? Bah raté.

Les médias vous prient de rester concentrés, tourmentés et surtout bien angoissés par les multiples dangers qui guettent la chair de votre chair en permanence. Comme ça, vous continuez à flipper, à être tendus, sur la défensive, repliés sur vous-mêmes. La trouille vous empêche de réfléchir à d’autres problèmes de société. Vous serez à point pour la rentrée, qui s’annonce particulièrement stressante.